Une décennie de développement : Le diagnostic d’Adil Douiri

Jeudi, 09 Février 2012 16:50 gougou
Imprimer PDF
■ Le retard du démarrage de la stratégie de développement des Métiers Mondiaux du Maroc (MMM) pèse lourd sur l’équilibre des échanges extérieurs. 
■ Pour Adil Douiri, promoteur et gérant de Mutandis, la planche de salut est en grande partie dans la bonne 
gouvernance et un pilotage de main de maître des programmes sectoriels.  
■ Selon lui, il faut également s’interroger sur la valeur de la monnaie.
Intervenant lors de cette 3ème édition du Forum de Paris Casablanca Round, Adil Douiri, le président du Cercle des économistes de l’Istiqlal et patron de Mutandis, a livré son analyse des étapes franchies par le Maroc en une décennie de développement. Une analyse qui n’omet pas l’environnement extérieur ainsi que certaines des conséquences des turbulences actuelles que vit le monde également. 
«Il s’agit bien sûr d’une analyse et d’une lecture personnelles, alimentées par des expériences que j’ai vécues et les travaux auxquels j’ai participé», précise d’emblée Adil Douiri.
Il a rappelé d’ailleurs les principaux stades de développement franchis par le Maroc en 10 ans. Il s’agit de quatre grandes phases, la première est le passage d’un Etat sans vision, simplement régulateur, à un Etat stratège en matière de développement économique ; par la suite «notre localisation géographique nous a conduits à intégrer progressivement la Zone de Libre Echange économique de notre riche et grand voisin, l’UE». Cela c’est traduit par un travail de réflexion afin d’identifier les spécialités compétitives exportables du pays, nous permettant d’exporter le plus possible pour équilibrer nos achats à l’étranger. Ce qui a donné naissance à huit Métiers Mondiaux du Maroc (MMM). 
Parallèlement, une rupture en matière de production de logements et de grands travaux d’infrastructure a aussi contribué significativement à la création d’emplois. Au total, le taux de chômage urbain est passé de 19% au début de la décennie à 13% aujourd’hui. Le PIB par tête a doublé en 10 ans, poursuit l’ancien ministre du Tourisme. Ce rappel fait, Adil Douiri s’est livré à une appréciation du travail fourni dans la mise en œuvre de cette stratégie de développement économique. 
Et l’un des regrets exprimés par Douiri est le retard à l’allumage du plan de développement des grands Métiers Mondiaux du Maroc. «Alors que nous avons entamé en 1996 les discussions pour le libre-échange avec l’UE, alors que nous avons signé cet accord en 2000, les premières études sérieuses et approfondies d’Emergence n’ont démarré qu’en 2005 et sa mise en œuvre en 2006. La vision et la stratégie de développement économique globale, pourtant simple et élémentaire lorsqu’on y pense, ont été présentées au gouvernement de l’époque en 2000, mais n’ont trouvé absolument aucun écho auprès de lui», explique-t-il. Pour lui, ces 5 ans de retard pèsent lourd sur l’équilibre des échanges extérieurs. En effet si les MMM se développent bien, leur taille cumulée n’a pas encore atteint le niveau à même d’équilibrer nos importations de biens et de services. «Nous sommes en retard mais nos métiers mondiaux se développent bien et ça c’est un succès, c’est rassurant. Nous sommes à plus de 250 milliards de DH d’exportation d’activités économiques, dont nos 8 spécialités représentent 80% en 2011».
Et d’ajouter : «Nous sommes partis dans cette stratégie d’intégration dans l’économie mondiale avec une idéologie digne de la Banque centrale germanique : monnaie forte, pas de dévaluation, peu d’inflation. Cette rigidité monétaire est confortable au début, mais lorsque l’on supprime chaque année les droits de douane sur les biens de consommation importés, elle est synonyme d’une forte incitation à consommer étranger et à importer».
Le contexte est marqué, après la forte hausse du prix de l’énergie que notre pays importe intégralement, par un déficit récurrent de nos échanges extérieurs d’environ 100 milliards de DH. Si l’on considère que les transferts d’épargne de la communauté marocaine à l’extérieur peuvent couvrir de manière récurrente environ la moitié de ce trou, Adil Douiri estime qu’il reste 50 milliards de DH d’exportations d’activités économiques supplémentaires à mettre en place dans les plus brefs délais. 

Le Maroc à un tournant 
Voilà un peu plus d’une décennie que le Maroc a entamé un long processus de développement avec une stratégie ambitieuse. Une décennie qui a également été marquée par le choc pétrolier et une flambée des matières premières. De ce fait, Adil Douiri estime que le pays a perdu à la fois du PIB annuel (c'est-à-dire de la marge de transformation) ainsi que des réserves de change du fait de l’explosion des matières premières, exacerbée par la réallocation d’une partie de l’épargne mondiale vers ces produits. Également, «nous avons perdu la capacité de nos clients européens à tirer la partie mondialisée de notre économie, qui pèse de plus en plus lourd dans notre croissance (250 milliards de DH de chiffre d’affaires annuel à l’export pour un PIB de 800 milliards)», affirme Douiri. 
Mais, il note avec satisfaction que le pays a gagné une amélioration de notre gouvernance, ce qui rapporterait au Maroc plusieurs points de croissance. «Dans une entreprise comme dans un pays, la gouvernance fait la différence. Une répartition claire des tâches et des responsabilités, des missions claires attribuées à chacun et des arbitrages fréquents sont la clé de la réussite. Grâce à l’initiative audacieuse de notre Souverain, la nouvelle Constitution ouvre la porte désormais à la création du vrai poste de directeur général pour notre économie, celui du chef de gouvernement», poursuit A. Douiri. À ses yeux, cela ne garantit pas que cette possibilité soit pleinement exploitée, mais c’est en tout cas désormais possible d’avoir une coordination quotidienne de l’effort du secteur public ainsi que des arbitrages fréquents et indispensables dans la mise en œuvre de tous les programmes de développement. 

Les pistes à exploiter à l’avenir
«Nous avons un trou annuel de 50 milliards de Dirhams en devises. Je suis parfois étonné que les analystes et les médias se concentrent sur un faux problème qui est celui du budget de l’Etat au lieu de regarder le mur qui nous arrive en face depuis déjà quelques années. Chaque jour qui passe rend les choses plus difficiles à rectifier », déclare Adil Douiri. Il ne donne aucunement raison à ceux qui voudraient qu’on change de cap. Pour lui, il n’est ni réaliste ni souhaitable de faire machine arrière sur certaines décisions, notamment la signature d’ALE ou l’intégration à l’économie mondiale signée en 2000… «Ça freinerait la construction de l’industrie marocaine exportatrice et des grands Métiers Mondiaux du Maroc en général », justifie-t-il. 
La solution pour lui est de changer de méthode de travail et non pas de stratégie.
«Nous devons nous concentrer, parmi les 8 Métiers Mondiaux du Maroc, sur ceux qui ont le plus faible contenu en importation pour créer un Dirham d’exportation supplémentaire : sur les 8 il y en a 3 qui présentent ces caractéristiques : le tourisme, l’offshoring et toute la filière des dérivés et de la chimie du phosphate», propose-t-il. Il invite à se départir de la naïveté qui «nous caractérise dans le traitement des importations et à aligner nos pratiques sur ceux de nos pays partenaires». L’avenir passe, pour Douiri, par la valeur de la monnaie. «Il faut bien se dire que si le Dirham avait été librement échangé, sa valeur actuelle aurait sans doute déjà reflété le trou annuel de 50 milliards de DH désormais récurrent dans nos échanges extérieurs. Le dernier réajustement à la baisse, de faible amplitude, date de près de 10 ans désormais», analyse Douiri.
Les échanges, il les voit plus entre les pays du Maghreb, notamment l’Algérie. «L’Algérie est une solution à notre problème compte tenu de sa taille. Tout comme l’Allemagne est le premier client de la France et vice-versa, l’Algérie sera, une fois qu’elle rouvrira ses frontières, un grand fournisseur et un grand client du Maroc. Là, il y a plusieurs points de croissance du PIB à gagner, pour nous deux. Et cela pourrait compenser les difficultés de nos clients européens», estime-t-il. Pour le reste de l’Afrique, il ne faut pas penser que les exportations de services ou de biens vers l’Afrique soient une solution à notre problème : «les économies africaines sont de petite taille et cela mettra de longues décennies avant qu’elles n’aient un impact significatif sur l’économie marocaine. L’Afrique ne peut pas compenser à court terme la crise européenne».
Mais la clé de voûte de toute voie qu’emprunterait le Maroc est l’efficacité de la gouvernance et la cohérence de l’approche autour d’objectifs prioritaires simples, voire simplistes mais pédagogiques. Adil Douiri est, pour sa part, fermement convaincu que le nouveau gouvernement est à même de relever ces défis. ■ 
Dossier réalisé par I. Bouhrara & I. Benchanna
Commentaires (1)add
I like the hollister outlet hollister outlet very much.Welcome to my own online store to have a look.I think you may like the Tory Burch Sandals Tory Burch Sandals very much too.
Abus
intéressant
pas intéressant
Avis : +0
Ecrivez un commentaire
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

busy
Finances News