
■Une négligence qui affecte sérieusement le secteur.
■Le nouveau ministère de la Culture a appelé à organiser, structurer et réguler les fondements du théâtre marocain.
Le théâtre est un art qui est apparu au Maroc au début des années vingt du 20ème siècle. Depuis son apparition, le théâtre marocain a subi remous et ruptures. A ses débuts, c’étaient les épopées et les légendes, interprétées par des hommes qui avaient appris le métier sur le tas, qui attiraient une foule de plus en plus friande.
Toutefois, cette montée ne va pas tarder à connaître sa première crise de croissance, ni la dernière, d’ailleurs.
Après l’indépendance et dans les années 60, plusieurs troupes vont se former, mais on n’assistera pas à la naissance d’un véritable théâtre.
Il faut dire aussi que l’Etat marocain n’encourageait pas la création théâtrale ni par les moyens financiers ni par la mise en place d’un cadre juridique.
Depuis, la désorganisation et le désordre étaient les termes employés pour qualifier la situation du théâtre marocain.
Malgré une tentative de sauver cet art en 1992 avec la création du Syndicat national des professionnels, qui tenta d'y mettre de l’ordre ce n’est qu’en 1998 que quelques rayons de soleil commençaient à illuminer la scène marocaine.
Cette date coïncide avec la création d’un fonds de soutien à la production et à la diffusion du théâtre qui a permis l’éclosion d’un nombre appréciable de troupes, qui créent entre 35 et 40 spectacles par an.
Mais cette brise de renaissance va se calmer aussitôt pour faire replonger le théâtre au fond du puits.
Aujourd’hui, les choses semblent prendre d’autres dimensions; c’est ce qu’a confirmé Driss Ksikes.
Le coresponsable de la compagnie Dabateatr a déclaré qu’aujourd’hui «il commence a y avoir quelques metteurs en scène de qualité, avec une vision et des propos, chose qu’on a pas eu depuis très longtemps. Nous avons également un vivier de comédiens de grand talent qui font partie de la troupe Dabateatr».
Cependant, malgré l’existence d’un répertoire non négligeable, il y a encore du travail à faire sur le volet du texte. Le Maroc ne disposerait que de quelques dramaturges, ce qui reste très faible.
La question qui se pose est : comment avoir une gouvernance de la question théâtrale ?Â
Il faudrait encourager la création de compagnies de théâtre qui puissent travailler dans la durée, avoir la possibilité d’être stables et pouvoir présenter régulièrement des travaux.
Malgré une infrastructure modeste, qui englobe quelques théâtres, des complexes culturels, des salles, ainsi qu’un établissement de formation, d’étude et de recherche dans tous les domaines du théâtre qui est l’Institut Supérieur d'Art Dramatique et d'Animation Culturelle (ISADAC),…, le Maroc connaît une politique culturelle insuffisante.
La culture du théâtre ne s’est pas développée parce qu’aucune structure d’encadrement n’a été créée, aucune politique culturelle n’a été engagée depuis l’indépendance.
En conséquence, le public marocain est très peu initié à la culture théâtrale.Â
Le nouveau ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, a du pain sur la planche.
«Il faudra tout d’abord faire un état des lieux, et surtout ne pas mettre tout le monde dans le même panier», a déclaré pour sa part Driss Ksikes.
Il a ajouté qu’un ministère «a pour raison d’être d’organiser, de réguler et de permettre aux professionnels d’avoir des structures qui leur permettent d’exister d’une manière pérenne».
Pour ce faire, il faudrait mettre en place des critères d'éligibilité permettant de donner aux compagnies des statuts qui soient au niveau régional, national ou amateur, assurer à chaque catégorie un lieu pour exercer régulièrement et fidéliser ainsi le public.
En attendant les actions que le nouveau gouvernement mettra en place pour le secteur de la culture, les professionnels et les amateurs de l’art survivent avec les moyens du bord. â– Â
Lamiae Boumahrou Patrimoine de Casablanca Après avoir rasé le seul vrai théâtre en 1984, le Théâtre municipal hérité du protectorat, Casablanca avec près de 4 millions d’habitants ne possède pas de véritable théâtre ou, plutôt, n’en possède plus.
Certes, la ville dispose de salles et du théâtre Mohammed V (qui est en mauvais état) toutefois, ces bâtiments n’ont rien à voir avec des édifices de théâtre proprement dit.Â
Pour preuve : les grands spectacles et événements qui ont lieu dans la capitale économique du Maroc sont souvent organisés dans des salles de cinéma ou dans des complexes sportifs.Â
Pour combler ce manque, Casablanca prévoit de construire le plus grand théâtre d’Afrique et du Monde arabe. «Cas Art», tel qu’il a été baptisé, sera un centre multiculturel et multifonctionnel qui occupera une superficie totale de plus de 24.000 m2 et va nécessiter un investissement de 1,4 Mds de DH. Ce dernier sera financé par le Conseil de la ville de Casablanca avec 180 MDH, le Conseil régional avec 100 M DH, le budget général de l’Etat avec 280 MDH, le ministère de l’Intérieur avec 480 MDH et le Fonds Hassan II avec 400 MDH.