Khalid Alioua : Politicien, banquier… et justiciable

Jeudi, 16 Février 2012 10:29
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A peine arrivé au pouvoir, le PJD fait le ménage. Il faut croire qu’il y a une réelle volonté de Benkirane, d’ici la fin de sa législature, de vider tous les dossiers urgents, surtout ceux impliquant certains hauts commis de l’Etat, qui traînent encore dans les couloirs de la Justice. Après Abdelhanine Benallou, ex-DG de l’Office national des aéroports (ONDA), officiellement mis en examen, c’est au tour de l’ex-patron du CIH, Khalid Alioua, d’être dans le collimateur de la Justice. Se serait-il alors «servi» lors de son passage au CIH ? L’avenir nous le dira sans doute. Mais les faits qu’on lui reproche, portés sur la place publique par la Cour des Comptes, sont pour le moins graves : dysfonctionnements dans la gestion de la banque; mauvaise gestion des unités hôtelières acquises par le CIH, principalement leur rénovation; l’octroi de crédits ou de facilités à certains promoteurs en marge des prescriptions du règlement intérieur du Directoire; la cession du patrimoine hors exploitation, notamment la vente à soi même ou à des proches de biens de la banque dans des conditions de non transparence et à des prix nettement inférieurs à ceux du marché… 
Décidément, le nom de cet établissement bancaire restera, à l’évidence, pour longtemps associé aux grands scandales financiers qu’a connus le Royaume. Mais que Alioua soit rattrapé par la Justice a, pour le moins, de quoi étonner. D’autant que l’ex-journaliste et ancien ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement avait été nommé, en 2004, pour mener à bien le plan de restructuration du CIH. Un établissement dont le mode de gouvernance a été longtemps décrié et où les malversations financières et les connexions ambiguës entre les établissements publics et les autorités de tutelle avaient pernicieusement pris le dessus sur la logique de gestion qui doit prévaloir au sein de tout établissement crédible. 
Pourtant, en troquant sa casquette de politicien pour celle d’un banquier, Alioua avait l’ambition, comme ceux qui l’ont précédé à la tête de l’établissement, de relever le défi : réussir à redorer le blason du CIH en poursuivant le travail entamé par Mohamed El Alj, lequel, de 2001 à 2004, avait la délicate mission de réduire les 20% de sureffectif identifié, mais aussi d’assainir les comptes tout réduisant drastiquement les charges. 
L’héritage de Alioua était d’autant plus lourd qu’il trouva un CIH en pleine agonie, dont l’activité était plombée par le coût élevé de ses ressources, et qui traînait un déficit de 2,25 Mds de DH à fin 2003, avec des capitaux propres inférieurs au quart du capital social. Mais il avait néanmoins un allié de taille : la Caisse de Dépôt et de Gestion, devenue par la même occasion l’actionnaire de référence de la banque. Avec le bras financier de l’Etat à ses côtés et donc beaucoup de sous à sa disposition, il s’attela à sa mission. Mais qu’a-t-il de fait de 2004 à avril 2009, date à laquelle il céda son fauteuil temporairement Ali Harraj, alors PDG de Maroc Leasing, et homme de confiance de Mustapha Bakkoury, l’ex-DG de la CDG ? Lui-même dresse son bilan, dans une interview qu’il avait accordée à Finances News Hebdo (www.financenews.press.ma), en ces termes : «Le CIH est passé, depuis 2004, date de mon arrivée à la tête de la banque, de 5,3 milliards de DH de créances nettes en souffrance à 1,2 milliard de DH en 2008. Et si vous prenez les créances en souffrance brutes, nous avons assaini 8,5 milliards de DH durant cette période (2004-2008)...
(…) 2008 est la seule année où nous nous conformons totalement à la réglementation bancaire, après avoir bénéficié d’un traitement particulier puisque la banque était en difficulté. Le résultat obtenu (404 MDH), il faut aussi le situer dans le dynamisme. Il reste par ailleurs incomparable avec le résultat obtenu en 2007, lequel doit être corrigé des éléments exceptionnels. Cette correction faite, le CIH a réalisé en 2008 une augmentation de 4 % du résultat par rapport à 2007 (…) Une fois corrigé, le PNB, comparativement à 2007, a augmenté de + 4 %, alors que dans l’absolu et avec une lecture linéaire des chiffres, il baisse de 4 %. Donc, pour nous, 2008 consacre le retour historique, structurel et définitif du CIH aux résultats positifs. Ce qui me permet de le soutenir, c’est que lorsque l’on prend le résultat brut d’exploitation, on constate qu’il a enregistré une progression de plus de 40% à 920 MDH en 2008».
Pour autant, quand bien même ces chiffres semblent être en sa faveur, quelque part dans son cheminement, et au regard des faits révélés par la Cour des Comptes, Khalid Alioua aurait failli. La Justice tranchera.
Mais, il y a aujourd’hui une évidence : au Maroc, l’ère des malversations, détournements de fonds, privilèges indus et autres dilapidations des deniers publics en toute impunité est révolue. C’est dire que tous ces hauts commis de l’Etat doivent savoir que les actes qu’ils posent au quotidien doivent exclusivement servir les intérêts de la collectivité et non les leurs. Les esprits médiocres qui ne l’auront pas compris en feront les frais. Tôt ou tard. ■
David william
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