
â– Bien des expériences ont réussi au Maroc dont peut s’inspirer la Tunisie, particulièrement en ce qui concerne la réforme du système financier.Â
■Les gouvernements devraient préparer les conditions favorables aux opérateurs maghrébins pour qu’ils puissent explorer les opportunités qu’offre la région.
■Jaloul Ayed, banquier et ancien ministre des Finances du gouvernement de transition en Tunisie, exprime le souhait de la construction d’un Maghreb fort et unifié.
✔ Finances News Hebdo : Qu’espérez-vous de cette 3ème édition du Forum de Paris, surtout qu’elle intervient dans un contexte particulier, marqué par des chamboulements à tous les niveaux ?
✔ Jaloul Ayed : C’est un forum qui a invité de grandes personnalités européennes et maghrébines. C’est un forum d’échange d’expériences et de réflexions, surtout aujourd’hui. Nous sommes vraiment dans une phase de réflexion dans tous les pays du Maghreb. Réflexion sur notre avenir, sur la vision que nous devons porter sur nos pays respectifs et aussi sur le grand Maghreb. Je crois que c’est à travers ce genre de forums que nous pouvons aiguiser nos analyses, mieux comprendre ce que les uns et les autres pensent, améliorer notre propre appréciation de la situation et de notre propre vision et, par conséquent, je trouve que c’est très utile.
✔ F.N.H : Dans quels domaines le Maroc pourrait tirer une leçon de l’expérience tunisienne ?
✔ J.A : Ce sont des expériences dont les pays s’inspirent l’un de l’autre. Franchement, la Tunisie n’a certainement pas de leçons particulières à donner au Maroc. Je pense que le Royaume a pris pas mal d’avance sur la Tunisie dans certains domaines. Par exemple, en matière de véhicules d’investissements, il a déjà pensé à ce mécanisme depuis l’indépendance. Depuis 1959, le Maroc a créé la Caisse de dépôt et de gestion et ce n’est que récemment que je viens de créer la Caisse de dépôt et de consignation en Tunisie. C’est une expérience très édifiante pour la Tunisie, que nous suivons de manière très studieuse. D’ailleurs, j’ai donné des instructions à mes collègues pour que ces derniers restent en contact avec leurs collègues marocains afin que l’échange avec la CDG, qui a une expérience et un historique très riches, soit fructifiant. Cet échange entre la CDG marocaine et la CDC tunisienne va bénéficier à la stratégie qui sera suivie par la CDC, nouvellement créée, et qui sera ainsi utilisée à bon escient.
Sur un autre point, le Maroc a aussi pris de l’avance dans le système financier, dans le développement du système bancaire et des marchés des capitaux. Je crois que là aussi c’est une expérience qui peut être très édifiante pour la Tunisie. Ce n’est pas la peine de recréer la roue. Bien des expériences ont réussi au Maroc dont on peut s’inspirer en Tunisie pour la réforme du système financier, particulièrement, et je crois que le Maroc gagnerait peut-être lui aussi à mieux étudier les expériences réussies en Tunisie dans différents domaines pour que l’un et l’autre puissent éviter les erreurs et que nous puissions assurer les meilleures conditions de réussite.
✔ F.N.H : Vous avez parlé, lors de votre intervention, de «construction d’un Maghreb fort». Par quels moyens, à votre avis, ce dernier devrait-il être bâti ?
✔ J.A : Il faut, pour commencer, régler la problématique entre l’Algérie et le Maroc. Les frontières sont toujours fermées. Cela représente une condition sine qua non devant constituer les prémices d’un Maghreb unifié. Je crois qu’il y a une prise de conscience aujourd’hui par les autorités maghrébines dans leur ensemble. Les déclarations récentes qui ont été faites à Tunis, lors de la célébration du premier anniversaire de la révolution tunisienne, montrent qu’il y a une prise de conscience réelle qu’il est temps qu’on crée ce Maghreb. J’espère de tout cœur que de mon vivant je pourrai voir cela parce qu’ayant investi une bonne partie de ma carrière en Tunisie et au Maroc, je me considère déjà comme un Maghrébin né et je souhaite que ce Maghreb puisse voir le jour parce qu’il va donner réellement des opportunités extraordinaires pour les générations futures. Je considère que c’est le meilleur cadeau qu’on puisse leur offrir; c’est cela qui va assurer la prospérité future de nos peuples.
✔ F.N.H : Dans le cadre de ce nouvel ordre mondial, est-ce que le Maroc devrait renforcer ses relations avec les pays du Maghreb, ou plutôt les consolider avec son partenaire historique, l’Union européenne ?
✔ J.A : Les relations avec l’Europe sont à double tranchant dans le sens où nous subissons de plein fouet les risques systémiques qui existent dans ce continent.
Ce que je pense, c’est qu’il faut consolider le Maghreb et diversifier les échanges commerciaux que nous avons, premièrement, avec les pays de la région, à savoir le Moyen-Orient et l’Afrique en particulier et, pourquoi pas, avec les pays de l’Asie du Sud-Est et les Etats-Unis. Car il faut absolument diversifier. Pour cela, je pense qu’il y a un effort à faire. Il faudrait que les gouvernements puissent justement préparer les meilleures conditions pour que les opérateurs marocains, tunisiens, algériens et libyens puissent être à même d’explorer au mieux les opportunités qui s’offrent dans ces régions-là . La diversification devient plus que jamais de mise. â–
Dossier réalisé par I. Bouhrara & I. Benchanna